Pourim ” cinq-six”, un poème de Raphaël Draï ( Z’l) , 1942 – 2015

     


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                                                                                                                         (Source Photo: JFORUM, Hommage à Raphaël Draï ( Z'l))


Comment peindre Constantine durant
Pourim,

Trouver les mots – parfums, couleurs
et les rimes…

L’hiver neigeux y laissait ses traces de
froid

Et dans les rues pentues courraient les
enfants rois

 

Qui faisaient bouquets de narcisses et
mimosas

Pour Tata Fortune ou pour Mémé Rosa

Avant de pavoiser les cours et les
fenêtres

Ouvertes sur le printemps d’un oublieux
bien-être.

 

Dans les oratoires se lisait la Méguila

Pour fustiger Haman, ses sbires au coutelas,

Et magnifier Esther qui su vaincre sa
peur,

Notre Esther Hamalka qui se fit mère et
sœur

 

Et nous louangions son oncle Mardoché

Qui ne plia genou aux auvents du marché

Sachant que Yéhoudi est un titre de vie

Qui provoque la haine mais suscite
l’envie.

 

Sur les tables nappées nous lancions les
deux dés

Les douadèches blancs et noirs aux
points non décidés,

L’as-doch disait la perte et le cinq-six
le gain,

Le plaisir de la vie bruissait en son
regain.

 

Sur la ville en fête s’épandaient les
lumières

Où nos yeux se perdaient de toutes les
manières

Mais le sort nous saisit puis il nous
projeta

Loin des ravins ombreux de l’étrange
Cirta

 

Et nous avons roulé hors des maisons
natales

Comme les dés battus par d’autres mains
fatales,

Très longtemps le futur nous parut
indécis

Jusqu’au moment heureux où sortit le
cinq–six.

 

Aujourd’hui des Hamans refont assaut de
haine

L’engeance du dément reste hélas bien
pérenne

Mais nous savons d’Esther qui domina sa
peur

Que le salut divin peut « s’annoncer
d’Ailleurs ».

 

Pourim Saméa’h