Mandats d’arrêts contre trois suspects de l’attentat de la rue des Rosiers

Mandats d'arrêts contre trois suspects de l'attentat de la rue
des Rosiers

INFOGRAPHIE
– Anciens membres du groupe terroriste palestinien Abou Nidal, les trois hommes
qui vivent aujourd'hui en Norvège, Palestine et Jordanie pourraient être
inquiétés 33 ans après les faits.

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Rassemblement
devant la devanture du restaurant Jo Goldenberg, rue des Rosiers, le 11 août
1982, soit deux jours après l'attentat. JOEL ROBINE/AFP

Après des
années d'enquête, le juge d'instruction Marc Trévidic a enfin pu mettre des
visages sur les suspects de l'attaque du restaurant Goldenberg rue des Rosiers
qui avait fait 6 morts et 22 blessés le 9 août 1982 à Paris. Il s'agit de trois
hommes qui vivent librement en Norvège, Palestine et Jordanie, selon
les informations de RTL et Paris Match
. L'enquête de Marc Trévidic,
précédée par son homologue Jean-Louis Bruguière, a abouti au lancement de trois
mandats d'arrêts internationaux 33 ans après les faits. A l'époque, les trois
suspects étaient membres du groupe Abou Nidal (Fatah-Conseil révolutionnaire),
mouvement dissident de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Selon l'hebdomadaire, le premier homme s'appelle Walid Abdulrahman,
alias Abou Zayed, 56 ans. Il vit à Oslo et a la nationalité norvégienne. Le
second suspect serait Mahmoud Khader Abed, alias Hicham Harb, 60 ans, qui
réside aujourd'hui à Ramallah, en Cisjordanie. Ce sont les deux tueurs
présumés, selon Paris Match. Le troisième homme, Mohamed Souhair al-Abassi,
alias Amjad Atta, 64 ans, vit en Jordanie. Il aurait assuré leur logistique
sans participer directement à l'attentat. Au cours de l'enquête, toutes les
actions meurtrières commises par le groupe Abou Nidal en Europe ont été passées
au peigne fin, selon RTL. Des comparaisons balistiques ont permis alors de
déterminer que les armes utilisées dans ces attentats réalisés par le groupe
sont les mêmes que celles qui ont servi à l'attaque de la rue des Rosiers. Les
juges ont également obtenu des informations en allant à la rencontre d'anciens
membres d'Abu Nidal. Ils ont confronté leurs témoignages avec les souvenirs
visuels des victimes de l'attentat. C'est ainsi que sont identifiés «à coup
sûr» les trois suspects , explique la radio

«Ça donne sens à la justice»

Selon l'un des anciens responsables du Fatah-CR qui ont témoigné sous X, le
commanditaire de l'opération de la rue des Rosiers était Hafez el-Assad, à
l'époque président de Syrie et père de l'actuel chef d'Etat syrien, indique le
journal. Hafez el-Assad «voulait envoyer un avertissement sanglant à la France»
qui s'efforçait de tirer le chef de l'OLP, Yasser Arafat, du piège de Beyrouth
où il était encerclé par les forces israéliennes, ajoute l'hebdomadaire. Abou
Nidal, ennemi irréductible de Yasser Arafat, dont il est soupçonné d'avoir fait
tuer des proches, n'aurait finalement pas été inquiété après avoir promis, par
l'intermédiaire du général Philippe Rondot, agent des services de renseignement
français, de ne plus frapper en France, raconte le journal.

Ces mandats d'arrêts internationaux délivrés contre
les trois suspects ouvrent la voie à un procès. «C'est un travail
extraordinaire qui semble avoir été effectué», a réagi Alain Jakubowicz, le
président de la Licra qui sera partie civile au procès. «Ça donne sens à la
justice. Ça montre quelque chose qui était extrêmement important dans le
contexte que nous vivons aujourd'hui, c'est que aucun criminel, aucun
terroriste ne peut se cacher. Où qu'il soit, il est susceptible d'être arrêté
jusqu'à la fin de ses jours.» Il faudra pourtant surmonter plusieurs obstacles.
L'extradition des deux suspects en Palestine et en Jordanie pourrait être
entravée par le fait que ces deux pays leur ont offert la protection. En
revanche, la présence de la troisième personne serait envisageable si la
Norvège acceptait de le «déchoir de sa nationalité», avance la radio. L'autre
obstacle de taille à la tenue d'un tel procès pourrait être celui de la
prescription. En matière de terrorisme, l'article 706-25-1 du code de procédure pénale dispose
que l'action publique contre les crimes terroristes se prescrit après trente
ans.

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